août 18, 2008 (article écrit par : Alexandre )

Propos d’Alexandre recueillis par Jean-Pierre Liegeois
Parle-moi de tes anciens travaux. Quelle étiquette as-tu comme artiste et est-ce que tu trouves celle-ci juste ?
Dans cette société qui tourne à l’euro, les étiquettes font l’art triste. Je m’fous de comment on m’voit, en fait. Les gens regardent trop ces choses-là, j’suis pas ta marque de lessive.
J’ai commis sur le Web une fiction interactive, un site sur un texte de Chrétien de Troyes, et bien sûr Mytho, qui est comme l’autre côté de moi-même. Je m’suis jamais dit « ha ben, j’ai trouvé mon style, on va se poser », j’préfère errer comme une feuille sur l’eau. Moi, j’me pose pas, t’entends ?
J’ai grandi dans un environnement sauvage et quand j’ai réalisé le potentiel combatif de mon crew, j’ai compris que c’était pas l’important, de faire une histoire avec un type aux cheveux en pointe, ou dessiner comme les CLAMP, parce que c’est ce que les gens attendent. J’veux pas être attendu, j’suis pas le RER D. Je veux être entendu.
Là, j’ai un jeu de rôle, Daiva, qui vient de sortir dans une anthologie sur le web, le Lab.02, comme un laboratoire illégal à contenu gratuit. Dérobe vite le Lab.02.
Tu étais jeune quand tu as rencontré Eddy van Leffe. Peux-tu nous parler de cette rencontre ?
Eddy ? Ouais… Eddy. Parfois je me demande pourquoi Hollywood n’en fait pas un Blockbuster avec Will Smith, tu sais? Pour moi, ça a été cette rencontre lycéenne, ce clash. Une merde du genre.
J’ai toujours eu une bonne connexion avec Eddy et nous continuerons à bosser ensemble et ça sera encore meilleur. Eddy, c’est une stratégie militaire pour mon style, et ça se fait parce qu’on se connait et qu’on apprécie le bon boulot.
Comment ça se fait que tu mets tellement de temps à sortir une bd ?
J’veux mettre du matériel lourd dessus, tu sais ? Des idées de bd, j’en ai dans la tête, elles apparaissent quand je dors, je suis connecté quoi. Il y a des centaines de brouillons dans ma tête, ça s’entasse comme des rats crevés et parfois y en a un qui s’échappe. Mais ce fugitif, il est recherché ! Je me motive en me rappelant pourquoi on fait ça, pas pour l’or sinon je serais aux JO, non, pour que les gens nous entendent, comme un crapaud la nuit, tu l’vois pas mais tu l’entends, c’est ça MASOG.
On dit que tu as rencontré Fred en prison ?
Ouais, ouais. On nous avait foutu dans la putain de cellule ensemble, parce qu’on était les seuls mineurs. Alors comme on n’avait rien à faire, on causait de scénarios. Ecrire, dessiner, parler, c’était dur la taule mais voilà. En prison, si tu t’évades pas, tu deviens bête.
Et Flo ?
Les choses se passent. Eddy avait déjà commis des attentats avec lui, bd de super-héros, bd comiques, des choses vraies, tu sais ? Moi j’me disais « j’veux pas retourner en taule », à la sortie, on a contacté Eddy et Flo, qui bossaient sur leurs propres projets, et enregistré le nom du site Masog, c’était comme une réunion de jeunes entrepreneurs.
Pour 2008, tu comptes faire quoi ?
Je suis fier des efforts que j’ai fais dans le passé mais je pense à l’avenir. Et je ne parle pas qu’en mon nom, je parle aussi de tout ceux qui se sont investis dans ce blog bd et qui ont fait toutes ces choses vraies. Je sais qu’il y a plein de rumeurs concernant ma prochaine bd, mais même si elle fait que 10 pages, ce sera un truc vrai, pour la rue. On n’est pas des hommes d’affaire. Masog c’est le contraire des soldes : chaque bd est +50% que la précédente.
Est-ce que tu penses que le web a pourri le niveau de la bd? Que la mode du style « manga » a pu amener des « faux » à être édités?
Non, disons que la bd européenne évolue et c’est tant mieux, mais personnellement je lis pas tout ce qui sort non plus. Le franco-belge, ça a une histoire, faut pas la dénigrer, mais si ça doit accumuler la poussière, non. Ca doit rester vivant. J’suis pas puriste, être de sang pur, ça fait caniche.
Toutes ces choses, le manga, le web, c’est jeune, j’ai espoir, ma génération va réinventer les codes graphiques, des trucs vrais. Ca se passe à l’intersection tête et crayon, jeune gaillard, alors viens chercher ta vitamine sur www.masog.net.
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juillet 6, 2008 (article écrit par : Eddy )
A l’instar du Club Dorothée qui a quand même contribué à populariser le Manga sous nos cieux, Les éditions SEMIC font souvent l’objet des critiques et de commentaires forts peu élogieux quant à leur travail de traduction et d’adaptation des comics américains. L’un des vendeurs d’un de mes points de chute à Lille, me confiait qu’il était heureux de voir aujourd’hui leur ancien catalogue aux mains du géant européen Panini pour cause d’une plus grande régularité dans les sorties. Les efforts passés sont bien vite oubliés. SEMIC a depuis toujours eu ce rôle de découvreur militant, de défricheur, aujourd’hui bien mal récompensé. Car si l’éditeur survit encore, il s’est vu confisquer successivement les catalogues de Marvel (en 1997) puis celui de DC (en 2005) alors que Top Cow et l’ensemble d’IMAGE choisissait de faire confiance aux éditions Délcourt. Pourtant jusqu’au bout SEMIC a su mener un combat acharné afin de promotionner les aspects les plus novateurs de la bd outre-atlantique. Bien sûr, il y eu ces censures d’un autre temps mais nous connaissons tous les lois auxquelles ils devaient obéir afin de préserver les parutions de nos séries préférées. Bien sûr il y eu ces épisodes sautés, que nous savons par le biais des “intégrales” être pour la plupart que de vulgaires remplissages. Et je ris de voir Panini procéder maintenant aux mêmes ruses pour les mêmes raisons (dans Batman&Superman), alors qu’ils avait basé leur credo (J’ai encore X-Men 1)contre leur “prédécesseurs” sur l’argument qu’ils livreraient l’intégralité des séries pour une meilleure compréhension de la continuité, et pour le respect du public. Je ne leur en veux pas, mais c’est pas si facile hein? Mais casser du sucre n’est que très peu mon propos. Je voudrais juste rappeler que SEMIC a été en entamant la collection “SEMIC BOOK” plus que novateur, à croire que ce fut dans l’adversité qu’ils ont su se révéler. En effet Grâce à eux, nous avons pu lire pour la première fois: POWERS (enquêtes policières chez les super-héros), RISING STARS (HEROES avant HEROES), MIDNIGHT NATION dont j’ai déjà parlé ailleurs, L’HEURE DES SORCIERES (série vertigo assez ardue à assimiler mais si belle graphiquement) FABLES et Y-LE DERNIER HOMME (aujourd’hui fleuron des éditions Panini), TELLOS (Héroic-fantasy hollywoddienne dessinée par le regretté Mike Wieringo) NEXUS ( comics indé des années quatre vingt à cheval entre Flash Gordon et la sf débridée et parano des britanniques) HUMAN TARGET (Polar trop fou pour être résumé) CONCRETE (entre “La chose” des quatre fantastique et fable humaniste), LEAVE IT TO CHANCE (ancêtre d’Harry Potter?!), JUST A PILGRIM (Ken le missionnaire au far west) et toute la gamme ABC d ‘Alan Moore (récupérée elle aussi). Ils ont eu à coeur de donner leurs chance à certains personnages secondaires de DC (Catwoman, Green Arrow, Flash et la Légion). Ils ont publié les saga-clés de cet univers pour un public qui l’avait jusque là ignoré (La première Crisis, Zéro Hour, Légendes, Final Night). Dans une Collection SEMIC-NOIR, ils développent polars comme TORSO et GOLDFISH, espionnage avec QUEEN and COUNTRY, fantastique bizarre et glauque avec SARCOPHAGE et le désormais classique du zombi-comics WALKING DEAD. En kiosque SEMIC fait feu de tous bois. Après avoir introduit Image en France, ils expérimentent plusieurs titres, ainsi BODYBAGS sorte de “Tarentino tendance teenager” dispute les rayons à DIRTY PAIR d’Adam Warren manga hystérique à la sauce Shirow dopé au Heavy Métal. On voit aussi des trucs comme FUTURIANS de Dave Cockrum (lui aussi envolé au paradis des dessinateurs cultes), STEAMPUNK (incompréhensible donc normalement invendable), CRIMSON (histoire bien troussée de vampires) ou STORMWATCH qui a changé la face des super-héros des 90’s sous la houlette de Warren Ellis sans personne ne s’en aperçoivent. Mais ce dont je suis le plus reconnaissant, c’est d’avoir publié les comics CROSSGEN qui ont brièvement offert une vraie alternative aux comics de super-héros en offrant de la sf pure et dure comme SIGIL ou NEGATION, héroic-fantasy avec SOJOURN, SCION, MERIDIAN, samouraï gràce à THE PATH. CROSSGEN, tout en restant dans la vague ”tout public” a vraiment voulu changer le statu quo du paysage de la bd américaine, avec en prime de très bonnes histoires à présent toutes perdues pour la science, surtout en France. Pour DC, conscient de la frilosité du public français, SEMIC organise des séances de révisions avec des numéros intitulés “SPECIAL DC ” tentant de rattraper le temps perdu par des résumés et des épisodes clés de personnages quasiment inconnus ici (Green Arrow, Flash, Wonder Woman, NIghtwing, Teen titans). ET puis il sont essayé de publié BIRDS OF PREY ce qui en soi mérite la médaille du courage éditorial. Ils ont vaillamment porté longtemps les couleurs des différentes maisons d’IMAGE en popularisant WITCHBLADE et d’autres séries moins connues comme KIN ou ARIA pour finir en lançant un Magasine IMAGE censé hériter du mythique STRANGE avec quatre nouvelles séries dont INVINCIBLE (…). Ils ont tenté la sauce manga avec le BATMAN de Kia Asamiya et Vampi (vampirella cyberpunk). Dans un dernier effort SEMIC nous offrent le rêve du comics français avec STRANGERS et FANTASK qui remettent au goût du jour les personnages du SEMICVERSE qui n’auront hélas pas la même carrure que leurs homologues yankees. On fait donc un crossover entre SIBILLA, PHENIX et WITCHBLADE, on fait un SPAWN français avec SIDONIE, puis on finit par mettre la clef sous la porte non sans un dernier pied de nez en prenant le crossover JLA/AVENGERS des mains de Panini. La reconversion au franco-belge n’est pas évidente et voilà, c’est fini comme dirait Jean- Louis Aubert. Panini qui une stature internationale fait du bon boulot mais rechigne souvent à expérimenter se contentant de regarder ce qui a fonctionné au States, attitude compréhensible mais répréhensible quant on voit à quel point les amerloques ne sont pas dignes de ce qu’ils ont sur leurs stands. Délcourt vient d’annoncer qu’ils renonçaient à publier INVINCIBLE alors… A l’heure où je voudrais lire BIRDS OF PREY (la période Gail Simone est somptueuse), JONAH HEX (Western) TRANQUILITY (hospice de super-héros) NOBLE CAUSES, BATTLE POPE, SPYBOY, BOMB QUEEN, THE END LEAGUE, MAGE, THE UMBRELLA ACADEMY, GODLAND, DOCTOR SLEEPLESS ou BLACK SUMMER, je regrette de ne pas avoir un petit SEMIC qui malgré les réalités du marché a fait son possible pour nous offrir les USA dans un kiosque. A moins qu’AKILEOS qui a récemment traduit FEAR AGENT reprenne le flambeau avant qu’il ne s’éteigne…
En cadeau je vous offre un crobard pour les nostalgiques du temps ou Wolverine s’appelait Serval…

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